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Bonjour chers amis ! Autant, dans le dernier post, nous vous parlions de beaucoup de kilomètres à vélo pour rejoindre Victoriaville, autant, dans celui-ci, nous n'avons presque pas posé notre cul sur une selle. Nous n'en sommes pas moins restées inactives.

Petit rappel : Nous sommes arrivées la veille à 23h30 après 180 km de vélo, nous avons planté notre tente dans ce qu'on espère être le jardin de Ghislain, il est 5h55 du matin...

- "Cocoriiiiiicooooo..."

- "C'est un coq ça ?"

Nous sortons rapidement de notre sommeil pour rencontrer Ghislain, prêt à partir pour la ferme école.

Mais avant de vous perdre dans l'histoire, voici une petite mise en contexte. Cette semaine, nous sommes accueillies par le très célèbre (nous ne le savions pas ; il a même un boulevard à son nom!) Ghislain Jutras, professeur à l'université Laval et responsable de la ferme école en maraîchage biologique. Celle-ci s'étend sur une surface d'environ un hectare et est entièrement gérée, de la planification à la mise enmarché, par les étudiants de la formation.

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Revenons en à nos légumes. Lundi, nous partons, fraîches comme des salades, pour prêter main forte aux étudiants. Nous arrivons en pleine période de récolte, les surfaces cultivées débordent de légumes et fruits appétissants. On cueille, on charge, on lave, on trie, on met en botte ou en sachet,... et les produits partent pour un de leurs 5 canaux de commercialisation (paniers via groupement d'achat, supermarché, kiosque à la ferme).

Mardi, notre hôte nous dépeint son travail et nous commente l'organisation culturale de la ferme école. De façon assez schématique, les élèves ont chacun une espèce maraichère à gérer dans chacune des grandes familles cultivées (cruciféres, lilliacées, ...). Ils sont responsables de trouver les variétés qu'ils veulent cultiver (en se basant sur les notes des années précédentes et divers reportages agricoles), doivent commander les semences et planifier les semis et récoltes de ces dernières. Ils sont également responsables, par groupes de deux, d'un point de vente et des commandes de celui-ci. Ensemble, ils choisissent les priorités de la semaine et effectuent les taches de récolte et conditionnement des légumes. Ils testent différents pratiques maraichères biologiques, de la culture manuelle à la mécanisation.

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Mercredi, journée radis-euse, sortie scolaire avec au menu la visite de deux fermes bien établies en maraîchage biologique. Un élément fort intéressant pour nous, que ce soit sur la ferme école ou dans ces deux exploitations, est la mécanisation et la planification précise du calendrier de travail. En effet, jusqu'à présent, nous avions uniquement cotoyé des maraîchers travaillant toutes leurs surfaces manuellement. De plus, la conception du plan d'affaire et des pratiques culturales nous apparaissaient moins abouties et optimisées. Un exemple ; la ferme école oppérait une rotation de culture planifiée sur 10 ans (avec engrais vert, 2 ans de prairies, familles de légumes, apport de compost seulement certaines années avant mise en place des cultures exigeantes), les autres maraîchers visités se fiaient, quant à eux, plus à leur bon sens. Ainsi, pour les cas visités dans la région de Victoriaville, le coté rentable de l'exploitation prime sur l'idéologie bio sans pour autant tomber dans des pratiques conventionnelles. Ce côté "les pieds sur terre" nous a beaucoup plu et a permis de chasser de notre esprit l'amalgame "baba cool et maraîchage biologique". 

Dans le cadre des filières de commercialisation, les producteurs sont face à un paradoxe ; il est plus intéressant pour un agriculteur de vendre ses légumes via un canal direct tel un groupement d'achat (prix des intermédiaires, exigences de qualité, de quantité et de ponctualité de la part du grossiste), alors que la majorité des consommateurs s'approvisionnent via les supermarchés. Le travail déjà colossal d'un maraîcher se voit donc augmenté d'un aspect marketing assez important.

Une solution intéressante face à ce paradoxe est le regroupement des producteurs lors de la mise en marché. En effet, cela permet une offre plus diversifiée et quantitativement plus importante en un même lieu pour le consommateur. De leur côté, les producteurs peuvent se spécialiser dans certaines cultures et ainsi simplifier leur planification et leur travail.

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Jeudi, on ré-attaque la récolte des légumes sur la ferme école. Vendredi, fêtes victoriennes ; elles sont organisées en souvenir de l'époque victorienne (19ème siècle) à Victoriaville. On y trouve costumes de l'époque, théatre, musique et spectacles de rue. En plus d'être un excellent pédagogue et un passionné de l'agriculture bio, Ghislain est un amoureux de la musique traditionnelle québecoise. Il consacre ces temps libres à taper des pieds, embellir l'atmosphère du son de son accordéon et transmettre sa joie de vivre en câllant des veillées. Les danses traditionnelles étant parfois assez complexes (changements de partenaires, pirouettes et autres passes), elles nécessitent la présence d'un câller qui, au rythme de la musique enjoueuse, vous dictera ce qu'il convient de faire dans un air entrenant. Héééé swing à la maison, swing à la maison, on se balade et ramène madame à la maison, on salue la sienne et swing, swing, swing, ...

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Avec Ghislain, on a vraiment trippé des bulles ; on a découvert différents groupes de musique traditionnelle (Vent du nord, La bottine souriante, Les chauffeurs à pied,...), on a vachement relativisé l'étendue planétaire de notre voyage (nous n'avons couvert que 0,01 % de la surface terrestre), nous nous sommes bidonnés devant le Willi Waller 2006 (on vous invite chaudement à visionner les Têtes à claques http://youtu.be/aMC-zaw0xTo), nous nous sommes baignés dans une cascade qui n'a rien a envier à celles du Niagara, nous avons swingé dans le salon,... Bref, un timide cocorico à 5h55 du matin a sonné le début d'une semaine inoubliable en compagnie de Gigi !

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Avant de quitter Victoriaville, nous visitons rapidement le CETAB (Centre d'Expertise et de Transfert en Agriculture Biologique et de proximité) en compagnie de l'agroéconomiste, Geoffroy Ménard. Alliant conseils pratiques pour les agriculteurs, recherches appliquée et veille technologique (synthèse de l'actualité de la recherche autour de l'agriculture biologique et mise à disposition de l'information au grand public), le CETAB veut promouvoir une agriculture biologique et contribuer à la prospérité des entreprises de ce secteur. Nous avons pu également visiter leur verger expérimental où différentes techniques de pomiculture sont testées afin de diminuer les pathogènes présents dans le système (culture sous filet, introduction de coccinelles contre les pucerons, bandes fleuries antre les rangées de pommiers, etc.). 

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On the road again vers Québec pour visiter la ville et rencontrer Aubert Michaud. Suite au prochain épisode.

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